2016-12-12

Lertxundi met Cercas, Darrieussecq et Zelik dans la peau d'écrivains dans des langues à l'avenir incertain

Les rencontres « Demagun ehun urte barru » sont le résultat de la carte blanche donnée à Anjel Lertxundi à Saint-Sébastien 2016.

Les 12 et 13 décembre, des auteurs et traducteurs européens réfléchiront sur la littérature créée dans des langues non hégémoniques.

Javier Cercas, Marie Darrieussecq et Raul Zelik ont accepté le défi de Lertxundi. Dans cet exercice d'empathie, ils seront accompagnés par les traducteurs Karlos Cid, Adan Kovacsics et Miguel Sáez.

Saint-Sébastien 2016 a donné l'une de ses cartes blanches à Anjel Lertxundi et, en réponse à cette licence créative, l'écrivain guipuzcoan a conçu les rencontres « Demagun ehun urte barru » autour de l'avenir de la littérature en langues non hégémoniques.

Cette proposition de spéculation sur laquelle reposent les cent prochaines années part d'une conjecture de l'écrivain polonais Witold Gombrowicz qui, en réfléchissant sur l'avenir de la littérature polonaise, a écrit dans une lettre à Czeslaw Milosz : « Si dans cent ans, notre langue existe encore... » Tout comme Gombrowicz, l'incertitude autour de son outil de travail, le basque dans ce cas, occupe une place à part dans les préoccupations de Lertxundi, Prix National d'Essai ; et il a invité à Saint-Sébastien trois écrivains et trois traducteurs d'Europe à partager cette inquiétude, dans le cadre du projet « Demagun ehun urte barru » qu'il a organisé pour la Capitale Européenne de la Culture, avec la collaboration de l'écrivain Harkaitz Cano.

L'auteur originaire d'Orio a demandé à Javier Cercas, Raul Zelik et Marie Darrieussecq, auteurs dans des langues riches d'une immense tradition littéraire (espagnol, allemand et français, respectivement) de se mettre à la place de collègues qui écrivent dans des langues non hégémoniques, marquées par une tradition littéraire de moindre mesure, des situations de diglossie, l'absence de caractère officiel pendant des siècles ou les doutes quant à la survie même de la langue. Comment pensent-ils que cette situation affecterait littérairement leur écriture ?

De même, Lertxundi a invité des traducteurs à cette réflexion, car il considère que, dans un contexte culturel fortement influencé par la mondialisation, sa contribution est fondamentale pour l'échange entre et la survie des langues. Participeront aux rencontres Adan Kovacsics (traducteur d'auteurs autrichiens et hongrois), Miguel Sáez (traducteur de classiques de la littérature en allemande) et Karlos Cid (traducteur du tchèque au basque).

« Demagun ehun urte barru » aura deux sessions les 12 et 13 décembre (à 19h à l'Aquarium), dans le cadre de la programmation spéciale organisée à l'occasion de la fin de l'année de la Capitale. Antton Valverde animera les rencontres au piano. Dans ce projet, Lertxundi englobe trois des lignes de Saint-Sébastien 2016 : la durabilité de la diversité linguistique, le développement de l'empathie et la dimension européenne. L'objectif est de publier l'année prochaine un livre contenant les réflexions recueillies lors de ces rencontres.


Demagun ehun urte barru

Aquarium | 19:00 – 21:00 | Entrée libre

12 décembre: Demagun denbora ez dugula lagun

Y participent : Javier Cercas, Marie Darrieussecq,  Adan Kovacsics, Anjel Lertxundi

La première rencontre traitera de la durabilité, de l'avenir incertain, de la littérature dans des langues non hégémoniques, du point de vue de l'expressivité du langage. La création littéraire dans une langue qui tend vers l'utilitarisme dans ses modes d'expression. Quelles options a-t-elle pour faire face à une utilisation active et stimulante de ses variétés ? Quelle sorte d'impôt les littératures doivent-elles payer en termes de langage quotidien le plus expressif et d'élaboration artistique ? Pour Lertxundi, ce n'est un thème futile, car si on ne parvient pas à préserver leur expressivité, on considère que les littératures des langues non hégémoniques sont en grande partie vouées à disparaître.

13 décembre: Demagun itzultzailea dela mamua / Ghost in Translation

Y participent : Karlos Cid, Miguel Sáenz, Raúl Zelik, Anjel Lertxundi

La seconde session mettra l'accent sur le travail de la traduction, qui passe souvent inaperçue pour le public. Les auteurs, en revanche, savent très bien que cela est indispensable, car sans traducteurs, ils ne seraient rien au-delà de la sphère de leur langue maternelle. Ceux qui écrivent dans des langues de petites communautés sont encore plus conscients de ce travail : soit parce qu'ils traduisent parfois leurs propres œuvres, soit, étant donné qu'ils sont polyglottes, ils reçoivent continuellement des interférences de différentes langues. Quelle trace est laissée par celui qui devrait passer inaperçu ?


Brèves biographies des participants

Javier Cercas (Cáceres, 1962) est écrivain et professeur de littérature espagnole à l'Université de Gérone. Ses livres ont été traduits dans plus de trente langues et ont obtenu plusieurs prix nationaux et internationaux, notamment le Prix National du Récit pour Anatomie d'un instant (2009) ou, parmi les plus récents, le Prix du Meilleur Roman Étranger de l'Année de Pékin pour L'imposteur (2004). Pour l'ensemble de son œuvre, il a été récompensé par le Prix International du Salon du Livre de Turin en 2011 et le Prix Ulysse en 2012.

Karlos Cid (Madrid, 1963) est titulaire d'un maîtrise en Philologie hispanique, docteur en Linguistique et actuellement professeur titulaire de Philologie basque à l'Université Complutense de Madrid. Il est également traducteur, principalement du tchèque au basque, une langue vers laquelle il a traduit en 2009 L'insupportable légèreté de l'être de Milan Kundera, ainsi que des œuvres de Jaroslav Hašek, Josef Škvorecký et Miroslav Holub. Il est l'auteur de plusieurs travaux sur la syntaxe et l'onomastique basque, la traduction et la typologie linguistique.

Marie Darrieussecq (Bayonne, 1969) a publié en 1996 son premier roman, Truismes, qui a connu un succès immédiat et est devenu un best-seller, traduit dans 44 pays. The New Yorker l'a décrite comme « la meilleure jeune romancière » de France en 1998 et, avec le temps, elle s'est établie comme l'une des voix les plus importantes de la littérature contemporaine. Son roman Il faut beaucoup aimer les hommes a reçu le Prix Médicis et le Prix des Prix en 2013, la même année de son édition.

Le travail de traducteur en espagnol d'Adan Kovacsics (Santiago du Chili, 1953) est centré sur des œuvres d'auteurs autrichiens et hongrois comme Zweig, Schnitzler ou Kertész. Il a également traduit des classiques de la littérature en allemand comme Goethe et Kafka. Pour exprimer ses préoccupations linguistiques, il a publié plusieurs livres et écrits. Il est Prix National de Traduction du Ministère de la Culture d'Espagne et Prix d'État de Traduction Littéraire d'Autriche.

Miguel Sáenz (Larache, Maroc, 1932), docteur en Droit et titulaire d'une maîtrise en Philologie allemande de l'Université Complutense de Madrid et docteur honoris causa en Traduction et Interprétation de l'Université de Salamanque, est membre de la Real Academia Española (Académie de la langue espagnole) et de l'Académie allemande Deutsche Akademie für Sprache und Dichtung, et, principalement, traducteur (Franz Kafka, Bertolt Brecht, Thomas Bernhard, Michael Ende, Günter Grass, Salman Rushdie...).

Raul Zelik (Munich, 1968) est écrivain et politologue. Son premier écrit, Friss und stirb trotzdem, a été publié en 1997. Ont ensuite suivi, entre autres, les romans Berliner Verhältnisse (2009) et le road-movie politique Der bewaffnete Freund (2010), tous publiés en espagnol et le dernier également en basque par la maison d'édition Txalaparta. Aux côtés de Petra Elser, il a traduit le roman, Lagun Izoztua de Joseba Sarrionandia du basque vers l'allemand (Der gefrorene Man, 2007).


À propos d'Anjel Lertxundi

Anjel Lertxundi a reçu l'une des trois cartes blanches de Saint-Sébastien 2016. Les deux autres ont été remises à l'artiste pluridisciplinaire Esther Ferrer et à la danseuse et chorégraphe Jone San Martín.

Anjel Lertxundi (Orio, Gipuzkoa, 1948) est écrivain et journaliste, ainsi que scénariste de cinéma et de télévision. Sa production comprend des genres tels que la narration, l'essai ou la poésie généralement écrits en basque. Prix National d'Essai 2010 pour Eskarmentuaren paperak, traduit en espagnol la même année avec le titre Vidas y otras dudas (Vie et autres doutes), il a obtenu à deux reprises le Prix Euskadi de Littérature en basque, et à deux autres occasions (en 1983 et 1992) le Prix de la Critique du Récit en basque. Son roman Otto Pette (1994) est considéré comme une étape importante dans la normalisation du basque littéraire, ainsi qu'une référence indispensable dans le récit basque contemporain. Plusieurs de ses œuvres ont été traduites dans plusieurs langues.

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